Valerio Motta ouvre l’atelier en précisant que l’on va examiner ce qu’internet change dans le monde, en s’appuyant sur la campagne de Barack Obama. Internet change la politique, mais aussi la manière de faire de la politique. Pour faire avancer la gauche et nos idées, il faut prendre en compte l’accès de la population à ce virage technologie, même s’il est encore trop tôt pour en apprécier toutes les conséquences.
Jusqu’ici le système politique se caractérisait par la rétention et la pénurie d’information. Aujourd’hui, on est passé à la surabondance de l’information. Cela change nos rapports aux institutions, jusqu’alors détentrices exclusives de l’information. Une deuxième conséquence est la transparence : il n’y a plus de frontière avec le public. Ce sont davantage les participants, plutôt que les institutions, qui font vivre le net.
Il faut également prendre en compte la structuration du net en territoires divers : les gens se rendent sur des espaces différents (sociabilité, commerce…) selon leurs besoins. Il faut les toucher gens où ils sont, où ils vont. Les gens n’ont pas le même comportement selon les différents territoires.
Benoît Thieulin évoque la campagne de Barack Obama. Le développement d’internet dans le domaine politique a eu trois conséquences :
- il a changé le rôle des militants et leur redonne le pouvoir en leur fournissant des armes (c’est l’empowerment) ;
- il a déplacé le lieu du débat public ;
- il a changé la manière dont on fait campagne
Dans le cas des USA, ce ne sont pas les partis, mais les mobilisations contre George Bush qui, en détournant des outils préexistants, on inventé l’usage collaboratif de mobilisation politique selon une logique d’invention ascendante par la base militante et non par les directions des partis.
En France les ONG qui ne pouvaient accéder aux grands médias, furent les premières à investir le net. Les institutions, mal organisées, ont perdu le débat sur le Traité Constitutionnel Européen (TCE) qui s’était déplacé sur internet. À cette occasion, de nouveaux outils ont été inventés pour décrypter et évaluer des textes compliqués, ce qui a changé l’organisation du débat public en période électorale.
Ce phénomène a rencontré une envie ancienne de prise de parole, de débats, de forums ouverts, qui trouve un écho sur internet qui en devient le support privilégié. Lors de la dernière campagne européenne, la majorité des personnes sondées se sont décidées à partir de leur consultation d’internet.
La campagne en ligne d’Obama a été le marqueur de la banalisation des outils internet. La campagne en ligne efface la différence entre « offline » et « online », organise toute la campagne, y compris sur le terrain, et permet de recruter 3 à 4 millions de personnes qui vont ensuite, sur un an, réinvestir le terrain à travers des actions simples et efficaces : porte-à-porte, appels téléphoniques, réunions d’appartement. La dématérialisation de la campagne permet également d’améliorer la délégation de responsabilités, la formation et l’encadrement des militants.
Les échanges avec la salle portent sur le coût financier de l’infrastructure Obama, sans commune mesure avec ce qui existe en France. IL semble qu’un effort financier et un changement de législation sur le financement privé permettraient d’y arriver.
Il ne faut pas négliger les difficultés liées à la mise en place d’une nouvelle structure légère, rapide, horizontale, à partir d’une structure pré-existante et pyramidale. Il faut restructurer, former, professionnaliser, ce qui est plus difficile que de créer une structure ex nihilo. Rendre internet accessible au plus grand nombre, implique de s’attaquer à la fracture numérique qui est bien connue, mais aussi à la fracture liée aux usages.
Pour ce qui est du fonctionnement du PS avec internet, les attentes de formation et d’aide au militantisme sont fortes. Le Parti va se doter des outils indispensables et amorcer un mouvement de formation des militants, des élus et des sympathisants, dans l’optique d’un passage à un parti plus en ligne, en vue de 2012.
Un réseau social va être créé, la « COOPOL » (coopération politique), pour organiser un réseau social à partir des sections et créer des outils pour mieux militer. Il s’agit de fabriquer un outil numérique, mieux adapté que Facebook, pour notre usage politique et militant, mais sans abandonner les autres réseaux sociaux. Cette COOPOL s’adressera en priorité aux militants et aux sections, à l’instar du SPD.
La dynamique de l’après-campagne 2007 reste vivace et donne de l’espoir. Le fruit est mûr. Le renouvellement des structures par l’augmentation de la participation des pratiquants sera un progrès structurel très fort.
Internet est devenu un sujet politique, et il ne faut pas négliger le problème émergent du discours de la presse sur les campagnes internet. Il y a également un problème de méconnaissance des enjeux numériques, comment on le voit avec la position très argumentée, mais isolée, du PS sur Hadopi.
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